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Diane ressort sa masse

Nouvelle
Éditions XYZ

Diane Delaunais n’a pas attendu 2020 pour voir son univers être bouleversé, pour ne pas dire réduit en miettes à coups de masse de démolition. Mais qu’à cela ne tienne, Diane n’est pas la femme plate que son ex voyait en elle. C’est une bricoleuse, et elle n’a pas eu peur de se retrousser les manches.
Deux ans se sont écoulés depuis son divorce, et à partir de ce moment, Diane a entrepris son grand chantier de reconstruction. L’achat d’un duplex avec sa meilleure amie de toujours, Claudine, la reine du 5 à 7, coula les fondations de l’affaire. Dans leur royaume, toutes deux ont de la place pour leurs enfants respectifs, pour leurs amis… mais pas pour les ex-belles-mères, merci, y’a quand même une limite.
Puis vint un nouvel emploi dans une école primaire, plus près des valeurs de Diane et accommodant mieux ses siestes en compagnie de son chat de poche. Et, couche de vernis ultime sur la chose, pourquoi pas un flirt, une joyeuse aventure qui lui permettrait de renouer avec sa sensualité ?
Oui, vraiment, un nouveau bonheur s’édifie. Heureusement, ça fait un bel endroit où vivre son confinement…

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Extrait

J’ai quitté la réunion en souriant comme une psychopathe et me suis dirigée vers le placard de l’entrée où je gardais ma fidèle masse, celle qui m’avait permis de reconfigurer ma vie physique et mentale après le départ surprise de mon mari. Grâce à elle, le buffet de la belle-mère, le lit conjugal, et le divan sur lequel je m’étais pissée dessus le soir de la grande nouvelle avaient atteint la taille parfaite pour voyager par les fenêtres. Ma masse était le chien fidèle que je n’avais jamais eu, je lui vouais un amour inconditionnel qui m’amenait à lui pardonner de n’être qu’un objet inanimé. Sans prendre le soin de protéger ma belle table en bois d’érable, je l’ai soulevée dans les airs et j’ai frappé dans le tas, réduisant mes bouts de maquettes en poudre.

Il n’est resté intact qu’un petit bras, que j’ai épargné pour faire comme dans les films, où les gangsters laissent la vie sauve à un sous-fifre de l’organisation ennemie décimée pour qu’il puisse raconter le carnage en crachant ses dents. La table a tenu le coup, étonnamment. Je n’avais pas encore posé ma masse qu’Adèle entrait en coup de vent, sans avertir, comme sa mère.
— La maudite connexion de marde arrête pas de lâcher, chez nous ! Tout le monde est sur Zoom en même temps pis on a un forfait de m…
Ses yeux ont ricoché du tas de poudre aux miettes de vaisselle à mes mains toutes innocentes, qui flattaient la tête de la masse.
— J’ai un examen dans deux minutes.