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Quatre années se sont écoulées depuis que Cam et Max ont eu le courage de s’avouer qu’ils étaient plus que des amis. À présent, ils forment un couple et ont quitté Québec pour Montréal.

Max a commencé un emploi prestigieux, attiré par un patron qui a su lui insuffler une belle confiance. Mais avec ces nouvelles ambitions vient une charge de travail énorme. Bien malgré lui, il néglige les autres aspects de sa vie, dont sa relation avec Cam. Coincé, Max se demande s’il doit vraiment choisir entre sa réussite professionnelle et l’épanouissement de son couple.

Cam, elle, est parvenue à publier un premier roman. De plus, sa sœur Sophie est revenue vivre au Québec, ce qui lui a enfin permis de se rapprocher d’elle. Toutefois, Cam doit composer avec un deuil éprouvant… S’ajoute à cela sa difficulté à accepter que sa relation amoureuse a beaucoup changé.

Cam et Max nagent en eaux troubles. Eux qui ont toujours cru que le plus difficile était de se déclarer leur amour sont rendus à la prochaine étape: celle de la passion à entretenir. La question pour eux n’est donc plus «doit-on prendre le risque d’aimer ?», mais plutôt «comment fait-on pour que l’amour perdure ?»

La suite tant attendue de L'allégorie des truites arc-en-ciel !

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Extrait

MAX 

Je suis encore le dernier à rester au bureau. On a beau être vendredi soir, ça ne change pas grand-chose, ici. Steven, mon collègue préféré, vient de passer pour me souhaiter une bonne soirée. En fait, et je cite, il m’a lancé : « Brûle pas l’huile de minuit. » Steven est un anglophone qui travaille fort à ne pas l’être, et il me fait toujours mourir de rire avec ses traductions littérales d’expressions anglaises. 

À dire vrai, je n’avais pas réalisé à quel point la soirée était avancée. Nous sommes en septembre et, bien que l’automne n’ait pas encore atteint son point culminant de déprime, le soleil trouve quand même le moyen de se coucher avant que je quitte les lieux. Ce n’est donc pas nouveau, sauf qu’en levant les yeux vers Steven, j’ai compris combien la noirceur avait gagné du terrain : seule ma lampe sur pied jette un peu de lumière sur le coin de mon bureau en bois clair. 

Je frotte mes yeux collés et secs du revers de la main. Ça ne me va pas, de passer autant de temps devant mon écran. Cam secouerait la tête si elle me voyait, puis elle me suggérerait, pour la énième fois, d’arrêter de faire ma tête de cochon et d’aller enfin voir un optométriste. Elle me répète sans cesse qu’avoir besoin de lunettes ne signifie pas que je suis rendu vieux. Même si elle sait très bien que sa rationalité m’énerve, elle ne lâche pas le morceau. Je ne serai jamais le plus têtu des deux. 

Je me lève pour me dégourdir les jambes quelques minutes. J’en profite pour observer Montréal qui s’étend à mes pieds. J’ai une des plus belles vues de la ville. D’ici, je vois la plupart des autres gratte-ciel, une partie du fleuve, les points lumineux des phares des voitures en bas sur le boulevard, les gens qui rentrent chez eux, avant moi. Je me résous finalement à allumer le plafonnier, même si je n’aime pas le néon, qui jure avec le décor autrement moderne, épuré et accueillant de l’endroit. La lumière des tubes fluorescents clignote un instant avant de diffuser sa froideur industrielle dans la place. Je reviens à ma chaise et prends le temps de regarder mon cell. Il est 21 h 23. 

J’ai reçu pas mal de notifications. Je soupire et fais défiler rapidement mes messages, cherchant un nom en particulier. Cam se retrouve tout au bas de la liste et j’appuie sur son texto. Elle me l’a envoyé il y a un peu plus d’une heure, avant de partir pour son club de lecture, ou bien d’écriture, je ne sais plus trop comment ils définissent ça. Cam a dû me le dire, seulement j’ai oublié. Un signe d’inattention ou bien de la trentaine qui approche à pas de géant, je ne suis pas certain, là non plus. 

Cam : Tu vas finir tard ?
Max : Il est encore tôt, garde espoir. ;) 

Ce n’est pas faux, parce que je décide finalement d’éteindre mon ordi et de reporter le reste de mon travail à lundi. De toute façon, j’en suis à l’étape où j’obsède sur des détails plus qu’autre chose. Avec la firme, on est sur le point de boucler un gros lancement pour un de mes clients préférés. Après ça, je pourrai enfin respirer un peu. Du moins, c’est ce que je me raconte pour me rassurer. Ou pour alléger ma conscience.

Je sais que Cam a tout aussi hâte que moi que le rush soit passé. Même si, au fond, il ne passe jamais vraiment. C’est ce que j’ai fini par comprendre, en gravissant peu à peu les échelons de ma nouvelle job à Montréal, depuis l’instant où je me suis installé dans ce beau bureau spacieux et chaleureux – du moins quand la lumière naturelle est encore de la partie. Parfois, je me dis que l’ancien moi rirait à gorge déployée devant l’ironie de la situation. Quand je pense au Max d’avant, à ce gars super relax qui se foutait de tout, et que je me vois maintenant stresser sur mes dossiers, y consacrer toute mon énergie, tellement que le reste de ma vie en souffre, je me dis qu’il y aurait de quoi rire, en effet. Jaune, certes, mais rire quand même. 

Date de parution
11 août 2021
Nombre de pages
224
Dimensions
15,24 x 22,86 cm (6 x 9 po)
Langue
Français