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Diane n'est pas sortie du bois

Nouvelle
Éditions XYZ

Comme bien du personnel enseignant, Diane avait hâte aux vacances d’été.

La première année suivant sa réorientation, superviser le groupe des petits, au service de garde de son école de quartier, lui a été une source de bonheur immense, mais là… Avec le retour à l’université – en virtuel, bien sûr ! – pour y décrocher les crédits nécessaires au rôle de prof que sa directrice rêve de la voir endosser, les derniers mois ont été longs. Et rudement fatigants.

Heureusement, « été » rime avec « rosé », surtout si on confie l’écriture du poème estival à cette chère Claudine, dont le nom scout aurait pu être Tirebouchon Joyeux. C’est juste dommage que ça ne rime pas avec « paix sur le bord du lac aux gens de bonne volonté ». Enfin, oui, mais non, pas tout à fait. On peut se fier à Madeleine, leur coquine copine nonagénaire, celle-là même que Diane avait rescapée d’une maison envahie par les chats et les courants d’air, pour ajouter un peu de piquant dans leurs plans. Ce qu’on ne ferait pas pour une petite Nouvelle escapade au chalet…

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Extrait

Madeleine avait enfilé sa robe en polyester mauve, « celle qui fripe pas », comme chaque fois que je venais la voir au foyer depuis la levée des restrictions. Une fois encore, on nous avait gentiment servi de la compote de pomme maison dans des bols lavables, au grand désarroi de ma vieille amie, qui préférait de loin celle de l’épicerie, servie en portions individuelles dans des coupes en plastique jetable, parce que le plaisir qu’elle retirait de cette collation avait très peu à voir avec la compote elle-même, mais tout avec la vibration induite au manche de la petite cuillère lors de son passage sur la paroi texturée du contenant. Simple comme ça. Mais les employés que j’avais essayé de ramollir à ce sujet m’avaient tous expliqué que le plan de sauvetage de la planète était désormais l’affaire de tout le monde, même de ceux qui avaient lavé les couches en tissu de leurs enfants à l’eau froide et gardé le même réfrigérateur toute leur vie.

Ce jour-là, notre conversation avait doucement dérivé de la météo aux vacances, que l’on passerait probablement en ville, dans la fausse fraîche de nos appartements climatisés respectifs, les recherches de Claudine, ma best et voisine d’en bas, pour nous dégoter un chalet s’étant révélées infructueuses. Tout le monde voulait aller quelque part, n’importe où, le plus loin possible dans les limites d’une province aux contours tout à coup étriqués.

Il restait bien deux-trois manoirs à six salles de bain en marbre rose du Vatican pour dix mille dollars la semaine, mais l’idée de se saigner à blanc pour un trip façon The Shining boréal avait rapidement été écartée.

— Vous pourriez aller à la cabane, a doucement soufflé Madeleine.

— Quelle cabane ?

— Ma cabane.