Étonnante histoire racontée à rebours, Cotnoir évoque la dernière journée de vie d’un médecin de Longueuil, alcoolique invétéré, « notable de faubourg, bourgeois encanaillé, honte de la paroisse, damné de vieille date », qui prend en charge le destin d’un jeune exhibitionniste juste sorti de la prison de Bordeaux. Aux funérailles de ce médecin, un ancien collègue, un certain docteur Bessette, rend visite à sa veuve en voulant récupérer les restes de sa provision de morphine.
La barbe de François Hertel est une sotie qui se moque volontiers du personnage de François Hertel, pseudonyme de Rodolphe Dubé, figure de l’histoire littéraire québécoise qui loge à Paris. Quand Jérôme rend visite à ce maître, le monde bascule et la barbe du professeur se met à pousser d’une façon inquiétante, menant à la grande confusion qui s’empare de lui.
On en parle
Cotnoir n’a qu’une centaine de pages, mais il est bien tassé, avec des chairs fermes de partout, aucune bavure, un style à l’avenant.
— Hervé Biron, Le nouvelliste, 7 juillet 1962
Premier des grands contes de Ferron, Cotnoir est raconté dans un style très personnel et selon un rythme tout à fait neuf dans notre littérature. Quant à La Barbe de François Hertel, écrite en 1948, elle est une sortie qui, selon l’auteur, montre un peu la fascination qu’exerçait sur lui le personnage de l’écrivain. [...] Cotnoir et La barbe de François Hertel, deux oeuvres importantes de la littérature québécoise, et dont on attendait depuis longtemps la réédition.
— L’Action, 18 juillet 1970
Dans ce récit, Jacques Ferron brouille les pistes avec une habileté que ne désavoueraient pas les tenants du « nouveau roman » : il passe du présent au passé, d’un personnage à un autre, avec une telle désinvolture que nous ne savons plus bien où nous sommes, qui parle ou agit ainsi. Au moment qu’on croit enfin saisir un personnage, le comprendre (un peu), s’y attacher, pfuit, il nous file entre les doigts, il n’est déjà plus là. On admire l’art du prestidigitateur [...]. D’ailleurs on ne s’ennuie jamais.
— Gilles Marcotte, La presse, 7 juillet 1962
Plusieurs des Contes du pays incertain et tout Cotnoir sont des modèles de récit : Jacques Ferron y raconte, avec une aisance sans laisser aller et une élégance qui exclut le tarabiscotage, des destins du cru. [...] Plus dépouillé que les Contes, avec moins d’intention, Cotnoir en garde la fraîcheur, la fantaisie, le même sens de l'observation. Alliés à la grande qualité de la langue, la vivacité et l’élan font qu’on peut parler le style, ce timbre qui permet de reconnaître les écrivains des simples pousse-crayon et des autres, cet écrivain-ci qu’on vous conseille.
— Jean Paré, La patrie, 2 août 1962
Cotnoir est sans doute moins connu que les récentes oeuvres de Jacques Ferron. Cependant, le romancier fait usage dans ce roman d’une technique de narration originale qui découle du récit lui-même, le narrateur situant les faits comme ils lui sont suggérés par la mémoire, bousculant le temps, en mêlant les événements, donnant à chaque personnage la place qu’il occupe à chaque temps du récit.
— L’Action, 17 juillet 1971
En réalité, c’est là le premier « roman » publié de Jacques Ferrone et celui qui a connu la carrière la plus « littéraire », tant le texte a suscité de commentaires et d’analyses. Par sa facture, il peut rigoureusement être rangé parmi les romans, mais l’esthétique particulière dont il relève le fait souvent classer par les critiques comme un « grand conte ». Il marque en fait l’aboutissement de toutes les ressources utilisées par l’auteur dans la production antérieure de ses contes mais aussi le point de départ de sa production proprement romanesque. C’est, en bref, à la fois une œuvre charnière et l’une des œuvres maîtresses de Ferron.
— Jean-Marcel Paquette, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, 1984